Au cours des siècles, BAZANCOURT a reçu plusieurs noms :
10° siècle :Basilicae Cortis ou Curtis
Basilica Cortis ou Curtis
12° siècle :Basilicurtis
13° siècle :Basencurtis ou Basencort Basancourt
Enfin : BAZANCOURT
La région de BAZANCOURT n'a peut-être pas été occupée, mais elle a été visitée par des tribus nomades.
Des observateurs attentifs ont trouvé dans le sol, des haches de pierre, taillées ou polies, des grattoirs, des coups de poing.
Les gaulois n'ont pas laissé de traces dans la région.
L'invasion romaine a provoqué une grande activité dans la région.
La ville de Reims, devenue capitale de la Gaule Belgique, sous le nom de Durocortorum, s'est prodigieusement développée et les agglomérations des alentours en ont bénéficié; on peut apprécier l'importance de ce développement d'après le nombre et la richesse des sépultures gallo-romaines mises à jour dans la contrée.
Mais BAZANCOURT n'apparaît pas, il est placé entre deux voies romaines : celle de Reims à Château, qui passe à Boult sur Suippe et celle de Reims à Trèves, qui passe à l'est de Caurel à Vaudétré et à Attigny. Ainsi éloigné des routes d'accès, le village ne se développe pas.
On dit, et c'est peut-être une légende, que le village doit son nom à un guerrier de CLOVIS : Bazin, ou Bazo, ou Bazan, qui aurait reçu en récompenses de ses services le fief qui nous intéresse: BAZANCOURT = Domaine de Bazan.
Cette hypothèse n'est pas en contradiction avec le nom de Basilicae Cortis, cité plus haut, la première appellation ayant pu être latinisée par la suite.
Cependant; une preuve de l'occupation mérovingienne du site nous est offerte par les quelques tombes découvertes vers 1920, à l'emplacement du nouveau Groupe Scolaire , le mobilier de ces tombes (poteries) ayant permis d'en reconnaître l'origine.
Après le passage des Huns et des normands, qui ont ravagé le pays, plusieurs siècles se sont écoulés sans faits saillants.
Nous donnons une carte, tirée d'une charte de 1119, qui fait état d'une quantité de petites agglomérations, s'étendant entre la Suippe et la Vesles.
BAZANCOURT était sans doute l'une de ces petites communes. Son église, dont une partie remonte aux 11° & 12° siècles semble bien l'indiquer.
Certaines communes existent encore, d'autres ont disparu, soit par rattachement à une bourgade voisine soit, le plus souvent, par destruction au cours des guerres( La Fronde, la guerre de Trente Ans).
Nous pouvons citer La Mairie et Barysis détruits vers 1300, Court-Martin rattaché à Witry en 1450, La Neuville détruit vers 1530, Marqueuses et Burigny, détruits en 1650.
D'autres localités connues comme Ruffy et Touriset près de Bétheny, Ancillaire, près de Barysis, détruit vers 1300, Régina, ne sont pas repérées sur la carte.
Ferrière, qui dépendait autrefois de BAZANCOURT, a été définitivement rattaché à Boult par ordonnance royale vers 1840 : C'est l'actuel quartier de Saint Roch, sur la route de Fresnes, au sud du village, depuis la route nationale N° 20.
Les lieux dits de terrains rappellent parfois les communes disparues. Citons Marqueuses à La Neuville à Caurel, La Vigne de Ferrières à BAZANCOURT et à Boult sur Suippe.
La multiplicité des villages s'explique par le désir qu'avaient les gens d'être plus près de leurs champs.
En raison des difficultés d'échanges, les habitants devaient se suffire à eux-mêmes. Ils ont cependant du bénéficier d'une grande prospérité, car ils ont édifié en même temps à Reims, les églises ST Rémi, ST Nicaise et Notre Dame, et aux environs presque toutes les églises de villages.
Observons en passant que les villages disparus avaient leurs églises.
Les armées de Condé ont dû séjourner au nord de la Suippe entre BAZANCOURT et Isles : on a trouvé à cet endroit quelques grenades et des monnaies à l'effigie de LOUIS XIII et LOUIS XIV.
Certains noms de lieux dits semblent évoquer cette période : Les Ruées, la Sentinelle, la Querelle, le Haut de la Querelle...
Sous le prétexte de protéger la cour à Paris,Charles de Lorraine a envahi notre région; il avait pour devise :" Frappe fort, prend tout, ne rend rien "! Aussi peut on croire que son passage a été néfaste.
Si l'on en croit les historiens, les troupes de cette époque était composées de mercenaires, mal rétribués, mal ravitaillés, vivant du pays occupé : leur présence était un véritable fléau.
A plusieurs reprises, la région s'est considérablement appauvrie : récoltes pillées, absence de semailles, misère atroce... Un curé de Boult sur Suippe a même certifié avoir enterré des paroissiens morts de faim.
ST Vincent de Paul est venu au secours des Champenois. Il a organisé des quêtes dans Paris et a distribué des vivres dans notre région.
Pendant la guerre de succession d'Espagne, en 1712, un général hollandais agissant sur ordres du Prince Eugène a réussi à tromper l'armée de Villars et a poussé une pointe vers Paris en ravageant la vallée de la Suippe.
L'église de BAZANCOURT a été pillée, les vases sacrés dérobés, et c'est probablement à cette époque que la partie ouest de l'église a été incendiée.
Les cahiers de doléances, rédigés et signés par les habitants de BAZANCOURT le 8 Mars 1789, indiquent qu'en 1773 le village comptait 120 feux roturiers, 1 éclesiastique, 185 hommes, 186 femmes, 40 garçons, 32 filles, soient 443 habitants.
Récoltes : 1856 boisseaux de froment (41/2 pour 1) 12975 de seigle(3 pour 1), 1000 d'orge (4 pour 1), 4500 d'avoine (3 pour 1), 4800 de sarrazin (12 pour 1). On peut le remarquer, les rendements étaient très faibles.
Le village était situé exclusivement au nord de la Suippe; Il mesurait, dans un sens, 410 toises et dans l'autre sens, 200 toises (1 toise = 1,949 mètre).
Il n'y avait pas de famille seigneuriale. Les habitants payaient force redevances au Cardinal-Archevèque de Reims, au clergé de ST Rémi, de ST Symphorien, de la Cathédrale et de l'Abbaye de ST Rémi. De plus, ils devaient entretenir le Presbytère.
BAZANCOURT avait pourtant son château, qui n'était probablement qu'une belle maison, construite en craie et en "carreau de terre". En 1914, on voyait encore quelques vestiges d'une porte cintrée et un assez gros tas de décombres. La rue qui mène à la Cour Rouge porte encore le nom de rue du Château.
Les immeubles de cette Cour Rouge, plus importants à l'époque, étaient les dépendances d'un château, l'usine Lelarge en était le moulin.
Le seigneur de BAZANCOURT ne devait pas jouir d'une grande influence. Il était peut-être Huguenot et se serait expatrié après la révocation de l'Edit de Nantes.
Un de ses descendants, habitant le nord de l'Allemagne, a donné signe de vie après la guerre 14-18, demandant au Maire de la commune des renseignements sur le village d'origine de sa famille. C'est Mme Jurion, directrice de l'Ecole de Filles qui se chargea de la réponse.
On pense qu'au Moyen-âge, une léproserie aurait été édifiée au sud-est de la commune, derrière l'actuelle usine Fichet Bauche. Le nom du lieu dit "La Maladrerie" semble confirmer cette hypothèse.
Les gens vivaient des produits de la terre, culture élevage du mouton, un peu de vignes : Deux lieux dits du terroir l'indiquent : l'un, le "Vin d'Isles" au sud est en bordure du terroir d'Isles , l'autre, la "Vigne Ferrières " au sud ouest près des terroirs de Pomacle et de Boult sur Suippe.
Les terres les plus éloignées, vers le nord, n'étaient labourées que tous les 3 ans, d'où leurs noms de "Trios ou Triaux ". Entre temps, on y faisait paître les moutons.
Les cultivateurs étaient aussi tisserands : On trouvait un métier à tisser dans toutes les maisons. Certains vivaient uniquement de cette activité (les étaminiers), les menbres de la famille se relayant nuit et jour sur le métier.
En Janvier Février 1784, la neige est tombée en grande quantité sur toute la région. En rase campagne, son épaisseur atteint 2 pieds. Un froid très vif sévit.
Mais un changement soudain de température se produit vers le 20 Février, accompagné de pluies torrentielles qui durent 2 Jours. Il en résulte un dégel brutal et massif. La Suippe ne peut assurer l'écoulement des eaux qui refluent sur toute la contrée.
Les masses de glaçons, qui s'accumulent contre les ponts, forment barrage accroissant l'étendue du désastre.
Toutes les maisons qui bordent la rivière sont ébranlées, fendues, entrainées. Elles étaient construites en craie, carreaux de terre, torchis et ne pouvaient résister.
Plus de 300 paroissiens de BAZANCOURT, avec leur curé, se retirent dans l'église, où ils demeurent 3 jours, sans vivres, par un froid encore très vif, sans qu'il soit possible de leur porter secours.
Les habitants de Lavannes, Witry, Pomacle, viennent au secours des sinistrés en grand nombre et apportent une aide efficace, souvent avec beaucoup de courage.
Dans la zone inondée, les pertes dépassent un millions de livres. Une collecte a lieu dans tout le diocèse : On recueille 79301 livres qui sont réparties dans les villages sinistrés. A BAZANCOURT, 121 personnes obtiennent ensemble 10941 livres.
Les commerçants de Reims apportent pour l'ensemble de la Vallée de la Suippe, une somme de 19157 livres, et le roi en adresse 13000.
Les sauveteurs étaient dirigés par M du Bruyes, dont le souvenir fut gardé en donnant ce nom à l'une des rues du village reconstruit : la rue du Bruyes. (A BAZANCOURT on préférait dire la rue du Brouille, ou, plus laconiquement "le Brouille". Cette artère s'appelle aujourd'hui la rue Pasteur.
L'exploitation des Trios ayant cessé d'être rémunératrice, fut abandonnée.
Vers le milieu du 19° siècle, les frères ST Denis de Boult sur Suippe eurent l'idée de les planter en pins sylvestre ou en pins noirs. Ils plantèrent ainsi de vastes superficies, et les propriétaires voisins les ayant imités, cette zone se couvrit d'une forêt qui devint le paradis des lapins de garenne...et des chasseurs. Elle constitua une réserve de bois de coffrage pour les mines du nord est de la France.
Depuis quelques années, ces forêts ont été défrichées au profit de l'agriculture.
Le bâtiment central de l'usine actuelle était le moulin du château, dont la meule était actionnée par une roue hydraulique. Il appartenait à l'Abbaye de ST Rémi.
En 1791, ce moulin est confisqué et vendu à M. Demogue, le meunier pour la somme de 37000 livres.
En 1802, Jobert Lucas l'achète pour 23260 livres
En 1806, Napoléon 1er décrète le Blocus Continental destiné à ruiner le commerce de l'Angleterre, et dans le même temps, il favorise l'implantation d'usines textiles en France.
Le moulin du château étant libre et pourvu d'une roue hydraulique, se prête parfaitement à l'installation d'une usine où serait travaillée la laine des moutons de la région.
BAZANCOURT eut ainsi dans ses murs la 1ère usine de filature et tissage mécanique installée en France.
En 1809-1810, on agrandit le bâtiment qui compte alors 3 étages et on installe une petite machine à vapeur de 25 Chevaux.
En 1848, on implante une grande roue hydraulique transportée de Rouen à BAZANCOURT par des bufs.
En 1870, l'usine passe aux mains de M. Legros de Pontfaverger et elle s'agrandit encore.
En 1875, on monte une grosse machine à vapeur, destinée à aider la roue hydraulique, pour actionner les métiers de l'usine.
En 1894, l'usine est rachetée par la Société Noireau, Jeanson & Cie.
Entre 1902 et 1909, on installe l'éclairage électrique.
En 1912, on remplace deux chaudières à corps cylindriques par une chaudière semi-tubulaire.
Entre 1914 et 1918, l'usine est occupée par les allemands qui la pillent et y installent un hôpital.
En 1921, le 30 Août, on met en route les premiers métiers à tisser. La filature n'est pas reconstituée.
En 1922, on installe une turbine en remplacement de la roue hydraulique.
En 1928 on remplace à son tour cette turbine par une turbine Voith, livrée au titre des réparations allemandes.
En 1940, c'est l'incendie du grand bâtiment.
En 1942, on reconstruit ce bâtiment mais sur un simple rez de chaussée.
En 1946, l'usine retrouve son activité normale.
En 1953, c'est la première crise sérieuse du textile et l'usine Lelarge de Reims ferme ses portes.
En 1956, l'usine de BAZANCOURT cesse ses activités.
En 1958, les bâtiments sont repris par les établissements Dron (filature).
En 1988, l'usine Lelarge de BAZANCOURT ferme définitivement ses portes.
La ligne Reims-Mézières a été implantée vers 1885, celle de la vallée de la Suippe date de 1870. Le "Saut de Moutons", disposé au nord du village, a été installé vers 1930 dans le but de permettre l'accès à la ligne de la Suippe sans traverser celle des Ardennes.
Le tracé, prévu initialement pour la ligne des Ardennes passait à Isles sur Suippe, mais les habitants de cette commune s'opposèrent formellement à ce projet qui mutilait leurs champs. Les ingénieurs modifièrent donc leurs plans et firent passer la ligne près de BAZANCOURT du côté d'Isles.
C'est le point de départ de l'essor de la Commune.
Regardez une carte de notre région. Vous remarquerez qu'en prolongeant en ligne droite le tracé Witry-Lavannes-Caurel, on atteint la Gentillerie en passant près d'Isles. Il a donc fallu faire un grand coude pour passer près de BAZANCOURT.
Disposant d'une gare de marchandises, les usines ont pu s'implanter dans la commune. D'abord une 2ème usine de tissage, sur le terrain rive gauche de la Suippe à l'ouest de l'actuelle rue de la République. Les métiers étaient mus par machine à vapeur.
Vint ensuite l'usine de paillons de M.Mitteau et plus tard la Sucrerie et l'usine de Déshydratation.
la 2ème usine de tissage (Desmoulins) quitta BAZANCOURT au début de ce siècle et s'installa à Reims, emmenant avec elle de nombreux ouvriers.
Peu de temps après, vers 1904-1905, les locaux étaient pris par l'usine de coffres-forts Bauche.
Au cours de la guerre 1914-1918, les bâtiments de l'usine Bauche furent réédifiés au sud est du village, sur un terrain plus vaste, plus propice, raccordé par la voie ferrée à la ligne principale Reims-Rethel.
En raison même de sa situation géographique, la Champagne a de tous temps, eu à souffrir des invasions.
Nous avons fait état, précédemment, des pillages, ravages, exactions dont eurent à souffrir les populations de ce pays.
Sans remonter trop en arrière dans le temps, disons que les Cosaques occupèrent le pays en 1814, lors de la campagne de France.
Le 2 Septembre 1870, les Prussiens y entrèrent, et, pure coïncidence, c'est aussi le 2 Septembre qu'en 1914, BAZANCOURT fut envahi.
Effectuant leur recul après la défaite sur la Marne, les Allemands sarrêtèrent sur les Monts de Champagne, le front se stabilisa entre Witry et Reims, de sorte que BAZANCOURT se trouva en zone occupée par l'ennemi à une dizaine de kilomètres du front.
Cette position lui valut de recevoir les services d'arrière front : intendance, hôpitaux, zone de relais et de repos des troupes, centre de ravitaillement, lui donnant un rôle stratégique important, la gare donnant un atout de valeur.
En 1916, les Allemands firent sauter la grande cheminée de l'usine Bauche qui pouvait servir de repère pour l'artillerie française. En 1917, les civils furent évacués sur les Ardennes.
La gare étant bombardée par les Français, les allemands en construisirent une autre au nord de la Suippe, et la raccordèrent aux lignes de la Suippe et des Ardennes. Ils établirent une voie ferrée parallèle au front, vers l'Aisne qui facilitait les ravitaillements et déplacements de troupes.
Enfin, ils établirent une ligne de défense entre BAZANCOURT et Roizy, avec abris souterrains et baraquements où leurs soldats trouvaient repos et réconfort. On a pu dénombrer dans ces parages proches de BAZANCOURT 17 observatoires aériens savamment dissimulés dans les pins.
Signalons qu'au cours d'un violent bombardement par l'artillerie française, les allemands enfermèrent des otages civils dans la gare. Il n'y eut pas de victimes parmi ces otages en dépit de la précision du tir, mais les sentinelles qui les gardaient subirent des pertes, tandis que les installations ferroviaires étaient fortement endommagées.
BAZANCOURT fut délivré le 8 Octobre 1918 par les troupes coloniales : le village était en ruines.
En ce qui concerne la 2ème guerre mondiale, les hostilités commencèrent pratiquement le 10 Mai 1940 par l'offensive allemande sur Sedan et par le bombardement des routes, voies ferrées, centres importants, jusqu'à Reims.